Rozsda, Le Temps retrouvé

Péter Baki

Endre Rozsda photographe

Le corpus photographique d’Endre Rozsda, composé de près de vingt mille pièces, est toujours resté en retrait par rapport à ses travaux graphiques ou ses peintures, et n’a jamais été mis en avant dans l’œuvre de l’artiste. Commençant à photographier dès son adolescence en tant qu’amateur d’art, puis en 1957, avec l’aide efficace de son mentor Antal Székely, il sillonne de nouveau les rues de Paris appareil à la main. Ainsi, nous ne pouvons ignorer son rapport à la photographie en examinant son œuvre.

Il acquiert son premier appareil photo a l’âge de quatorze ans a Mohács et réalise ses premiers autoportraits, thématique que l’on retrouve presque tout au long de son œuvre photographique. Sa premiere peinture, la réinterprétation d’une toile de Gainsborough intitulée Blue Boy, est également un autoportrait. Par la suite, au cours des années 1930, sa perception photographique se caractérise par l’exploitation des possibilités visuelles que lui offrent l’ombre et la lumière. Les thèmes qu’il aborde reflètent le sens de la justice d’un adolescent sensible aux problèmes sociaux, prenant pour modèle les sans-abri et les personnes socialement marginalisées.
A partir de 1936 jusqu’à la fin de sa vie, il continue, bien que de manière irrégulière et de qualité variable, à réaliser des autoportraits photographiques qui, en apparence, sont plutôt les confessions d’un artiste narcissique. Ses clichés révèlent les mêmes préoccupations photographiques que chez ses contemporains mais dans un contexte thématique différent.

Le rapport de Rozsda a la photographie change à la fin des années 1970, ses photos deviennent thématiquement plus focalisées, les effets d’ombre et de lumière ainsi que les réflexions, déjà observés a son adolescence, revenant au premier plan, comme si l’artiste « avait réuni également avec son appareil photo les éléments cachés de la réalité de l’autre côté du miroir ». Pendant la décennie suivante, Rozsda se détache définitivement des tendances de la photographie contemporaine sans toutefois perdre sa sensibilité visuelle, et ses photos montrent un créateur se repliant sur lui-même. A cette époque, il prend des photos en compagnie de ses amis, lors de leurs « promenades photographiques » comme les décrit Csaba Benedek, suite à l’observation avec José Mangani de la méthode de création d’Endre Rozsda. D’après leur récit, Rozsda leur explique avec patience le comment et le pourquoi de ses prises de vue pour qu’elles donnent l’image obtenue lors de leur développement.

Ce n’est alors plus par le biais de la photographie que s’exprime sa visualité progressiste, comme à son adolescence. La photo devient pour lui un jeu visuel, un élément d’inspiration pour sa peinture.

Rozsda lui-même évoque ce jeu dans son texte intitulé Méditations  : « Je m’étale dans l’herbe et je regarde les nuages passer, je cherche la girafe, le poisson, les chevaux galopants. J’enregistre sur la photo ce qui n’est plus là, ce qui disparaît. Le bien et le mal sont déjà ailleurs ».

Autoportrait dans le train, c. 1955
Autoportrait dans le train, c. 1955
 
Maisons, c. 1985
Maisons, c. 1985