Biographie

Endre Rozsda est un peintre franco-hongrois né à Mohács le 18 novembre 1913 et mort à Paris le 17 septembre 1999.

Rozsda commence à peindre à l’école de Vilmos Aba-Novák à l’âge de 18 ans. En 1936, il présente sa première exposition solo. En 1938, il s’installe à Paris où il découvre le courant du surréalisme. Il fera la rencontre de Picasso, Arpad Szenes, Maria Elena Vieira da Silva, Etienne Hajdu, Giacometti, Max Ernst et Françoise Gilot. Il retournera à Budapest lors de l’occupation allemande. En 1945, il est l’un des fondateurs de l’École d’art moderne en Hongrie. À partir de 1948, Rozsda devra peindre en cachette puisque l’art non-officiel est interdite sous le régime communiste.

Après 1956, il retourne en France où il présente plusieurs expositions. En 1961, il participe à l’exposition internationale du Surréalisme à Milan. La même année, ses œuvres seront exposés à Munich et à Paris en mémoire de "L’Art Dégénéré".

Rozsda devient citoyen français en 1970 et va vivre au Bateau-Lavoir. Il meurt à Paris le 16 septembre 1999.

 

Repères chronologiques

1913

Endre Rozsda est né le 18 novembre 1913 à Mohács, petite ville située sur les berges du Danube près de la frontière serbe. Les Absbourg régnaient encore. La Hongrie était relativement prospère.
Son père Ernő Rosenthal était propriétaire d’une briqueterie. Sa mère, Olga Gomperz était la descendante fortunée d’une grande famille juive d’origine portugaise.

Rozsda et ses sœurs
1918. Mohács
Portrait de ma Mère

1981, huile sur toile, 45x55cm
Photo : J. Hyde

1918

Premiers dessins : des chaussures de femmes et, un peu plus tard, des profils féminins. Il dessine tous les jours sur un petit pan de mur de la maison familiale. Toutes les semaines, le mur est blanchi à la chaux afin qu’il puisse continuer à dessiner.

1927

Il se procure un appareil photo et s’initie à la prise de vue, au développement et au tirage : « des morceaux de rues, une demi-bicyclette, une nature morte... ». Il peint son premier tableau : une copie du Blue Boy de Gainsborough, dont il remplace le visage par un autoportrait.

1928

Il termine sa scolarité à Budapest, puis s’inscrit dans un atelier de dessin et de peinture.

1931

Endre Rosenthal prend comme pseudonyme le mot Rozsda, signifiant en hongrois « rouille », à la fois couleur et oxydation.

Autoportrait à 14 ans
1927. Mohács
1932

Après son baccalauréat, il s’inscrit à l’École libre de peinture, récemment fondée par le peintre hongrois Vilmos Aba-Novák.

1933

Avec Aba-Novák, il réalise des fresques dans les églises de Jászszentandrás et de Szeged.

Moi le Peintre

1933, crayon sur papier, 44x30cm

1935

Le père de Rozsda se suicide, suite à de nombreuses difficultés financières.

1936

Première exposition personnelle à la galerie Tamás, à Budapest. L’exposition est un succès critique et commercial. Le directeur du musée des Beaux-Arts de Budapest acquiert une des œuvres exposées.

1937

Il participe au Nemzeti Szalon (Salon national). Il assiste en compagnie de ses amis peintres, Imre Ámos et Margit Anna, à une Représentation publique de la Sonate pour deux pianos et percussion de Béla Bartók, interprétée par Bartók lui-même et sa femme. C’est une révélation décisive, une totale remise en question de son travail de peintre : « […] sa musique m’a bouleversé, j’ai senti qu’il [Bartók] critiquait ma propre trajectoire artistique. Il m’a démontré que je n’étais pas contemporain de moi-même. »

1938

Rozsda décide de partir à Paris. Il emménage avec des amis dans un atelier, rue Schœlcher, à Montparnasse.

Exposition avec son ami, le sculpteur Lajos Barta, dans cet atelier.

1939

Il rencontre Árpád Szenes, István Hajdú, Vieira da Silva, Giacometti, Max Ernst, Picasso, la Galeriste Jeanne Bucher. Il enseigne la peinture à Françoise Gilot, qui vivra quelques années plus tard avec Picasso.
Il suit les cours de l’école du Louvre en auditeur libre pendant trois ans.

Françoise Gilot par Rozsda
1943. Paris
Autoportrait

c. 1940, huile sur toile, 20x14cm

1942

Le port de l’étoile jaune est obligatoire à partir du 29 mai 1942. Il apprend que la police française le recherche.

1943

Françoise Gilot l’aide à se procurer de faux-papiers. Elle l’accompagne gare de l’Est où il prend le train avec ses toiles roulées. De retour à Budapest, il expose à l’Alkotás Művészház. Sa peinture surréaliste n’est pas comprise par le public.

1944

Après l’invasion allemande, il vit dans la clandestinité. Condamné à une peine de travaux forcés pour non-enrôlement dans les forces armées, il réussit finalement à s’échapper.

La mère de Rozsda est assassinée au moment de la déportation des familles juives de Mohács.

1945

À la Libération, il enseigne en tant que professeur de peinture au sein de l’Association culturelle ouvrière.

Il se lie d’amitié avec Imre Pan et devient avec ce dernier l’un des membres fondateurs du mouvement Európai Iskola (École européenne), groupement d’avant-garde qui réunit peintres, sculpteurs, poètes, écrivains et intellectuels. Il s’agit plus d’une fraternité artistique et intellectuelle que d’un mouvement ordonné selon un programme ou un manifeste. Les premières réunions ont lieu le jeudi dans l’atelier d’Endre Rozsda, 47, rue Váci, à Budapest. De cette période datent d’importantes œuvres abstraites.

Rozsda à la campagne
vers 1952
1946-1947

Il participe aux expositions collectives ou individuelles organisées par l’École Européenne et à d’autres expositions indépendantes comme : Cent peintres a Fovârosi Képtâr, Exposition des jeunes artistes hongrois, Seconde Exposition collective des artistes abstraits, organisée par Ernő Kâllai.

1948

Exposition personnelle à la galerie Művész. De 1948 à 1950, les autorités interdisent toutes formes d’art autres qu’officielles. Le professeur Pal Gegesi Kiss, membre fondateur et mécène de l’École européenne, annonce la cessation des activités du groupe devant une assemblée réunie au Café Japán à Budapest. Rozsda conclura : « Un Européen tué au Japon ».

1949-1956

Rozsda peint très peu : quelques paysages, des tableaux « neutres » du point de vue politique qui lui permettent de vivre sans trop éveiller la suspicion des autorités. Bien que membre de l’Association des artistes hongrois, il ne bénéficie pas des tickets de rationnement permettant d’acquérir du matériel de peinture. Il dessine beaucoup, sans jamais pouvoir exposer son œuvre. Il illustre des livres pour enfants.

1956

Il participe à l’exposition non-officielle des « Sept » à Esztergom en compagnie, entre autres, de Margit Anna, de Lajos Barta, d’Endre Bálint et de Dezső Korniss. Plus de trois mille personnes affluent à cette exposition qui se tient dans une petite ville de province, à plus de cent kilomètres de Budapest. Le lendemain de la clôture de l’exposition, la révolution hongroise éclate. Fin décembre, il quitte clandestinement la Hongrie et passe en Autriche.

1957

Rozsda s’installe de nouveau à Paris. Exposition à la galerie Furstenberg de Simone Collinet, André Breton rédige la préface du catalogue. Rozsda exposera ensuite régulièrement avec les peintres de la galerie.

Rozsda se retrouve au Louvre
vers 1957
1958

Il participe au Salon Comparaison et au Salon de Mai, ainsi qu’aux expositions : Donner à voir et Soleil dans la tête, cette dernière organisée par Alain Jouffroy.

1959

Exposition Junge Maler der Gegenwart à la Kunstlehrhaus de Vienne.

1960

Participe à « Antagonisme » au Musée des Arts Décoratifs, palais du Louvre. Deux toiles de Rozsda sont confrontées aux ébauches de Gustave Moreau.

Autoportrait aux taches

c. 1960, encre sur papier, 24x31cm

1961

Participe à l’Exposition Internationale du Surréalisme à la Galerie Schwarz de Milan. Participe à l’exposition en mémoire de l’Art Dégénéré à Munich à l’Alte Pinakothek et à Paris au Musée des Arts Décoratifs.

1963

Exposition à la galerie Furstenberg. La préface du catalogue est rédigée par Joyce Mansour.

1964

Rozsda reçoit le prix Copley, qui lui est décerné par le jury suivant : Hans Arp, Alfred Barr jr., Matta, Max Ernst, William S. Lieberman, Man Ray, Roland Penrose, Sir Herbert Read, Barnet et Eleanor Modes, Darius Milhaud et Marcel Duchamp.

Exposition à la Gallerie Furstenberg
1963. Photo Keysione
1966

Exposition de groupe à la galerie Karl Flinker. Voyage aux États-Unis. Il est invité à exposer à l’International Callery de Cleveland.

1970

Endre Rozsda acquiert la nationalité française. Il expose à Bruxelles. Le catalogue est préfacé par le poète René Micha.

1972

Patrick Waldberg choisit une de ses toiles pour l’exposition Surréalisme 1922-1942 à Monaco et à Paris.

Rozsda à la sphinx
vers 1975, photo Michel Delaborde
1977

Séjour de Rozsda en Californie. Exposition aux Etats-Unis : à la Galerie 8 Claremont, Californie, à la Vincent Mann Gallery, New Orléans.

Autoportrait Christique

1977, huile sur toile, 57x46cm

1979

Il s’installe au Bateau-Lavoir, à Montmartre.

1983

Présentation au Mobilier national de la tapisserie réalisée par les ateliers de la manufacture des Gobelins, d’après le tableau Initiation.

1984

Rétrospective au Bateau-Lavoir, à Paris, inaugurée par le ministre de la Culture, Jack Lang.

1987

Endre Rozsda reçoit le titre d’officier de l’ordre des Arts et des Lettres.

Rozsda à son atelier
Vers 1980, photo Judit Ruska
1991

Participation à l’exposition André Breton La beauté convulsive au Centre Georges Pompidou.

1998

Rétrospective au palais du Műcsarnok, inaugurée par Bálint Magyar, ministre de la Culture Hongrois.

1999

Exposition à la galerie Várfok de Budapest inaugurée par l’écrivain Peter Sterházi. Endre Rozsda décède à Paris le 16 septembre. Il est enterré au cimetière de Montmartre.